Cette année, je pensais déroger à la tradition d’écrire un article à l’occasion de la journée internationale des droits des Femmes.
J’aspirais en effet à trouver un angle résolument positif et enthousiaste, sans cependant y parvenir, donc, je m’apprêtais à jeter l’éponge.
Pas grave : je passerais mon tour en 2025 !
Cependant, la notion de « vulnérabilité » ne cessait de revenir à mon esprit.
Pas simple d’arriver à en faire quelque chose de positif et enthousiaste, vous me direz ! La vulnérabilité n’a généralement pas la cote, ni dans l’univers du travail, ni ailleurs.
Notre monde privilégie plutôt des dimensions liées à la force, à la robustesse, voire à la brutalité. Inutile de vous donner des exemples : nous les avons tous en tête.
Au quotidien, et donc aussi dans le monde professionnel, ne pas donner de signe de faiblesse, et, en élargissant le concept, ne pas laisser voir ses doute, ses hésitations, ses remises en question, mais asséner, dire « j’ai tout compris », proposer des solutions clé en main, est une posture que l’on privilégie parce qu’elle rassure.
Pardon, avant d’aller plus loin, deux mots sur le pourquoi je fais lien entre « vulnérabilité » et journée internationale des droits des Femmes ?
La vulnérabilité n’est en effet en aucun cas un attribut caractéristique de la femme. Elle l’est en outre du féminin, présent chez l’Homme comme chez la Femme.
Néanmoins, la vulnérabilité est communément rattachée au domaine des femmes. C’est ainsi depuis des millénaires, et l’actualité mondiale, les statistiques sociologiques et économiques, ne manquent pas de nous rappeler que la vulnérabilité et la précarité correspondent encore et toujours majoritairement à des enjeux de femmes.
Plus trivialement, les images d’Épinal qui nous poursuivent hommes et femmes confondus : les (faibles) femmes protégées par les hommes (forts) ont longtemps garanti le bon ordre du Monde.
Là encore, c’est plutôt « rassurant » et, surtout, simple à comprendre.
D’ailleurs, notre attirance pour ce qui est simple, immuable et ordonné est légitime.
Lorsque le monde (et celui du travail n’y fait pas exception) devient complexe et tendu, là aussi il est moins pénible de simplifier et de retrouver un ancrage dans les bonnes vieilles habitudes, tout comme dans des réflexes historiques.
Mettre la vulnérabilité du côté des femmes (plutôt que de celui du féminin), est donc plus facile à comprendre et à maîtriser.
La tendance de fond actuelle, qui valorise une brutalité binaire, largement illustrée par les grandes figures dominantes d’aujourd’hui, est de nature à renforcer l’amalgame entre la vulnérabilité et les femmes.
Il sera de plus en plus simple d’en faire un argument en faveur de leur disqualification des sphères d’exposition, de pouvoir et d’influence pour les guider à nouveau gentiment vers le territoire privé (les enfants, la maison, …) qui, après tout, n’est pas dénué ni d’enjeux, ni de prestige, ni d’ailleurs d’un impact certain ! C’est un autre débat….
Cependant, cependant, des femmes et des hommes se battent depuis des décennies pour ne plus genrer l’accès aux sphères de responsabilités.
Des centaines d’études et d’exemples témoignent que l’ensemble des univers investis par l’Humanité (familiaux, économiques, politiques, scientifiques, etc.) sont plus performants quand la mixité n’est pas un problème, quand les individus ne sont pas consignés à leurs genres, mais à leurs talents, leurs motivations, leurs compétences.
Pour revenir sur le thème de la vulnérabilité et conclure en deux temps :
- battons-nous contre le fait de trouver normal que les femmes soient vulnérables par essence.
Plus globalement continuons à nous révolter contre la précarisation et l’invisibilisation des Femmes, et le monde du travail et celui du recrutement y ont leur part.
- essayons aussi, pourquoi pas, de prendre dans la vulnérabilité ce qu’elle a de précieux : être vulnérable c’est aussi permettre d’être touchés.
Touchés par les autres, par leurs différences, par l’ouverture, par l’intuition, par la lumière, par l’innovation, par la création, etc.
La vulnérabilité porte en elle quelque chose de l’ordre de la tolérance et de la nuance, elle ajoute à l’appréhension de la complexité qui nous entoure.
C’est aussi un puissant moteur qui fait avancer, construit, renforce.
L’accepter en soi et chez les autres ne pourrait-elle pas être une arme contre la peur ? La peur du monde qui vient, par exemple ?